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Un refuge de l’autre côté de l’Himalaya

Article du 14 septembre 2006 sur le site de "La grande Epoque", journal independant canadien non censuré, traitant de l’actualité, de la culture et de la société chinoises ainsi que des nouvelles du monde.

C’était en hiver de 1994 lorsque Tashi-Gyal, âgé de dix-sept ans, et quinze réfugiés tibétains ont entrepris un parcours périlleux à travers l’Himalaya, déterminés à se rendre de l’autre côté des montagnes en Inde à la recherche de la liberté. Pendant qu’ils se frayaient un chemin dans des profondeurs imprévisibles de neige et contournaient des crevasses de glace traîtres, la grande peur de Tashi – à part de mourir du mal des montagnes – était le risque d’être attrapé par les militaires chinois postés partout dans l’Himalaya.

Travaillant actuellement comme cuisinier dans le restaurant Milestones à Vancouver, Tashi pense à ses années passées à l’école secondaire sous l’oppression au Tibet, où il n’était permis que d’apprendre la culture et la langue chinoise, même s’il souhaitait devenir enseignant de langue tibétaine.

Il dit que l’isolement géographique ainsi que le manque d’implication politique et économique du Tibet avec les autres pays permettent facilement au gouvernement chinois de détruire les monastères et d’interdire aux Tibétains de pratiquer leur culture depuis l’invasion de 1959. Voulant désespérément fuir l’atmosphère hostile et effrayante dont était imprégné le pays à cette époque, Tashi a conçu un plan pour fuir en Inde. « Un proche m’a montré une vidéo de l’Inde », dit Tashi. « J’étais si impressionné de voir tous les étudiants qui étudiaient sans subir aucune répression. Ils protestaient contre la Chine, et c’était la première fois que je voyais un drapeau tibétain. Jusque-là, je ne savais même pas qu’un drapeau tibétain existait. »

Mentant à son père, Tashi a emprunté 100 $ pour soi-disant poursuivre ses études, mais il a en réalité utilisé cet argent pour payer le guide qui le mènerait ainsi que quinze autres Tibétains, la plupart des moines, lors de la traversée de l’Himalaya. Tout en maintenant un secret absolu au sujet de leur fuite par peur d’être découverts par des espions chinois, Tashi et les autres de son groupe ont finalement commencé la première partie de leur voyage de trois jours en voiture jusqu’à la capitale Lhassa. De là, ils ont roulé pendant neuf heures jusqu’à la ville de Sagha, où ils ont passé la nuit dans un hôtel, les derniers moments de chaleur et de confort qu’ils allaient connaître avant un certain temps.

Chaque membre du groupe portait plus de dix kilos de tsapa (une nourriture traditionnelle de type porridge), qui allait être leur seul moyen de subsistance durant le voyage de douze jours dans l’Himalaya. Bien que les nuits étaient d’un froid glacial, ils marchaient toute la nuit et se cachaient pendant la journée ; la meilleure façon, disait le guide, d’éviter d’être repérés. Un des obstacles les plus effrayants était le Gange qu’ils traversaient à gué. Là encore, l’eau atteignait leur cou. Ayant enlevé leurs vêtements pour les garder au sec, ils ont avancé à travers la grande rivière, en tenant leurs paquets au-dessus de leur tête.

« Nous devions marcher vite, sinon nous allions nous enfoncer dans le sable mouvant », a dit Tashi. « Et nous devions traîner nos pieds parce que si nous en soulevions un pour faire un pas, le courant était si fort qu’il pouvait nous emporter. » Plus loin, ils ont traversé une autre rivière, en portant cette fois deux membres du groupe qui avaient le mal des montagnes. Au point le plus haut, ils voyageaient à une altitude entre 1500 et 2100 mètres. À ce moment-là, les jambes et les pieds de Tashi étaient enflés et il commençait lui-même à souffrir du mal des montagnes.

La résidante de Vancouver, Leslie Thomson, qui s’est liée d’amitié avec Tashi lorsqu’elle travaillait comme enseignante bénévole en Inde, indique qu’à chaque mois, environ 200 personnes s’enfuient du Tibet et entreprennent le dangereux voyage à travers l’Himalaya. Près de 98 % parviennent à destination. Ceux qui sont capturés ne sont pas renvoyés au Tibet, mais en Chine.

« Nous sommes chanceux que les policiers chinois ne nous aient pas attrapés », raconte Tashi. « Si ça avait été le cas, nous aurions été envoyés en prison en Chine. J’ai entendu des histoires atroces au sujet des prisons chinoises, beaucoup de gens y meurent. »

Six jours après avoir quitté Lhassa, Tashi et ses compagnons, tous exténués, avaient atteint la frontière du Népal et du Tibet. Même si les périls de la traversée des montagnes étaient derrière eux, le risque d’être attrapés était encore présent. Dormant sur le bord de la route la nuit et écartant les voleurs et les policiers soupçonneux le jour, Tashi et son ami, qui s’étaient alors séparés des autres membres du groupe, sont finalement arrivés à Katmandu grâce à l’aide d’une famille tibétaine-népalaise. Après avoir été interviewé par des représentants de l’ONU à un centre d’accueil tibétain, Tashi a finalement obtenu la permission d’aller en Inde.

« Je n’ai jamais été aussi heureux durant toute ma vie », déclare Tashi, se demandant maintenant comment il avait pu faire ce voyage si hasardeux.

Il s’est établi à Dharamsala et il a satisfait son désir en étudiant le tibétain au cours des trois années qui ont suivi tout en recevant l’aide gouvernementale sous forme d’argent, de vêtements et de nourriture. Il a aussi fait des études commerciales, il a travaillé comme journaliste pour plusieurs magazines et a finalement ouvert son propre restaurant à Himachal.

Leslie Thomson, qui s’est entendue très bien avec Tashi dès leur première rencontre, a pu faire entrer le jeune réfugié au Canada en déposant une demande de parrainage de groupe. Selon cette procédure, il fallait trouver quatre citoyens canadiens ayant un revenu régulier et prêts à soutenir le parrainage, à établir un fonds en fiducie comme réserve et à engager un avocat. Tout le processus a duré quatre ans.

« C’était un précédent d’emmener un réfugié tibétain ici par un parrainage de groupe », commente Leslie Thomson. « Maintenant que je sais quoi faire, j’espère en parrainer un autre. »

Lorsque Tashi deviendra un citoyen canadien l’an prochain, il veut faire une demande de passeport afin de visiter sa famille et ses amis au Tibet. Il croit fermement que le pays « obtiendra l’indépendance un jour ». Ensuite, il prévoit suivre des cours dans une école d’art culinaire pour ouvrir un restaurant à Vancouver. Membre des Étudiants pour un Tibet Libre, Tashi a protesté lors de la visite du dirigeant chinois Hu Jintao à Vancouver l’année dernière et il est heureux d’avoir la liberté de faire cela.

« Vivre au Canada est une histoire complètement différente… Je me sens si chanceux », se réjouit Tashi. « Chaque moment de ma vie ici est formidable, c’est une occasion extraordinaire de faire toutes les choses que je veux faire. »

Raman Gill
Collaboration spéciale


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