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La longue marche des Tibétains

Quarante et un des septante-cinq réfugiés tibétains victimes des coups de feu chinois le 30 septembre à la frontière népalaise viennent d’arriver en Inde pour rencontrer le Dalaï Lama. Ils ont témoigné de leur mésaventure devant les médias au Press Club de Delhi. Article paru le 01.11.06 dans "Le Courrier" quotidien suisse d’information et d’opinion.

Trois d’entre eux ont été choisis pour témoigner devant la presse de leur mésaventure. Enveloppé de sa tunique rouge vin, Thupten Tsering explique qu’il a choisit de quitter le Tibet pour poursuivre ses études bouddhiques en paix. « Dans mon monastère, les Chinois faisaient pression sur nous pour que nous dénoncions Sa Sainteté et pour que l’on affiche notre loyauté envers la Chine en affirmant que le Tibet en fait partie », a expliqué le moine de 23 ans. Du haut de ses seize ans, dans un dialecte qui a dû être traduit en tibétain pour ensuite être retransmis dans la langue de Shakespeare à l’auditoire, Dolma Palkyid s’est timidement exprimée sur son amitié avec la nonne tombée sous les balles chinoises : « J’ai grandi avec elle, elle était comme ma soeur ; comme je marchais devant elle, je n’ai su que quatre jours plus tard qu’elle avait été tuée. Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai pleuré sans discontinuer. » Enfin, Choeden Kardze n’a pas eu le voyage facile non plus. Traqué par les soldats après la fusillade, il a dû rester planqué deux jours dans la tente de randonneurs occidentaux bienveillants, caché sous les sacs de voyage. « On entendait les balles siffler dans nos oreilles ; la seule chose que l’on pouvait faire, c’était de prier Sa Sainteté pour qu’il nous sauve », a-t-il fait savoir sur un ton neutre.

Dix-sept jours de marche

Interrogé par une journaliste indienne sur les raisons qui les ont poussés à venir à pied en Inde par voie illégale, Thupten Tsering a répondu que tout les membres du groupe venaient de régions rurales et personne ne connaît les procédures « normales » pour sortir du Tibet ni ne possède les contacts politiques nécessaires pour obtenir les documents adéquats. « Au lieu de payer l’équivalent de 5000 yuans chinois pour soudoyer les autorités, ils ont préféré verser la même somme à un guide. » Un guide qui avait promis à l’équipe de les amener en dix jours à destination. Or, l’épopée a duré dix-sept jours jusqu’à la frontière népalaise et les dernières soixante-douze heures, les marcheurs n’avaient plus de nourriture. Cinq autres jours de marche les attendaient avant de gagner Katmandou.
Autre question de la presse qui, aux oreilles tibétaines, a pu sembler naïve : pourquoi veulent-ils quitter le Tibet ? Tous ont modestement répondu qu’ils souhaitaient rencontrer Sa Sainteté. Peut-être, mais parions que l’absence de droits démocratiques, de liberté religieuse (afficher une photo du Dalaï Lama sur le mur du salon peut vous valoir sept ans de prison), et l’arrivée massive des Chinois Hans (1,2 milliard de Chinois Hans vivent au Tibet contre 2,5 millions de Tibétains, et la mise en fonction en juillet du chemin de fer liant Gormo à Lhassa ne fera qu’accélérer le processus de colonisation) y sont également pour quelque chose.

Deux grandes puissances

Le 20 novembre, le président chinois sera en visite officielle à Delhi ; la question du Tibet sera-t-elle soulevée par l’Inde ? Peut-être, surtout à la lumière de cet incident, mais probablement sans trop de conviction. Après tout, les fantômes du passé (la guerre indo-chinoise de 1962 et l’exil du Dalaï Lama en 1959) s’apaisent et les deux puissances en devenir se rapprochent de plus en plus. Avec une valeur d’échanges de moins d’un milliard de dollars il y a dix ans, la Chine est en voie de devenir le premier partenaire indien avec des échanges pesant un gros 18 milliards de dollars à l’heure actuelle. Combien pèsera le Tibet en novembre ?

« La guérilla n’est pas exclue »

Au moment même où une jeune femme de vingt et un ans, mesurant un mètre soixante et onze et pesant 50 kilos, se faisait couronner nouvelle ambassadrice de beauté du toit du monde, l’association Students for a Free Tibet (SFT), forte de dix mille membres actifs, organisait son camp annuel à Dharamshala. Cette année, le camp était centré sur les actions à mener en prévision des Jeux olympiques de Beijing en 2008. Une petite centaine de jeunes Tibétains d’origine, d’Indiens et d’Occidentaux assistent aux cinq jours de travail. « Le but est de leur montrer comment organiser des manifestations et des actions, comment parler aux médias, comment gérer la police, faire connaître les formalités légales bonnes à savoir en tant que réfugié ou citoyen », explique Tendor, organisateur de l’événement et Tibétain d’origine installé à New York. « Ou encore comment escalader un pont ou grimper à un arbre pour accrocher une bannière, ou brandir en hauteur un drapeau chinois en flammes ! »
Ici, on connaît le drame tibétain, et c’est pour le faire connaître au monde que l’on se mobilise. Han Shan, un Etasunien à l’optimisme contagieux, est à la tête du conseil d’administration du SFT. Quand on lui demande s’il ne travaille pas d’arrache-pied pour une cause perdue, le trentenaire répond d’emblée que leur rôle est de maintenir la pression, en mettant un maximum de bâtons dans les roues chinoises : « La Chine est trop grosse pour rester unie longtemps : les choses vont sans doute changer ; les empires ne durent pas éternellement, fait-il valoir. L’histoire est imprévisible. Le Mur de Berlin est tombé sans même que la CIA n’ait prévu le coup. Tout est possible ! »
Membre du Parlement tibétain en exil, venu en observateur au camp du SFT, Karma Yeshi opine : l’avenir est effectivement difficile à anticiper. « La question du Tibet est comme une petite roche dans le soulier ; elle n’est pas grosse, mais elle gêne, et plus vous marchez, plus elle est inconfortable. » Pour cet ancien président du Tibetan Youth Congress, la plus importante ONG en faveur d’un Tibet indépendant – 20 000 membres –, la question de la souveraineté tibétaine doit se régler d’ici deux ou trois décennies. L’équilibre de l’écosystème de la région tibétaine, gravement menacé, en dépend. « Un des gros problèmes, ce sont les déchets nucléaires. Des puissances occidentales paient grassement la Chine pour se débarrasser de leurs produits toxiques », souligne-t-il. Problème d’autant plus lancinant que les cinq grands fleuves d’Asie prennent leur source au Tibet.
Quand Sa Sainteté s’éteindra, la question d’un Tibet libre s’envolera-t-elle en fumée avec lui ? « Ce sera dramatique parce qu’il est source d’unité : il y aura certainement une crise de leadership. Mais sa disparition pourrait à la fois marquer un tournant. Les Tibétains portent cette étiquette de pacifisme, mais il s’agit d’un stéréotype pas forcément toujours fondé ; la guérilla armée pour obtenir notre indépendance n’est pas exclue. »

ANDREE-MARIE DUSSAULT


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