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Je suis témoin du massacre au Tibet

Article paru le 1er janvier 2007 sur le site "La grande époque", journal indépendant canadien non censuré, traitant de l’actualité, de la culture et de la société chinoises ainsi que des nouvelles du monde.

Le 30 septembre 2006, des Tibétains sont morts tués par des gardes frontaliers chinois en tentant de s’enfuir vers le Népal. Les événements avaient été capturés sur vidéo et de multiples alpinistes occidentaux ont été témoins de la scène. Un journaliste de La Grande Époque à Copenhague, au Danemark, a rencontré l’un des témoins oculaires.

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Pierre Maina lors de son expédition au Tibet

COPENHAGUE – Pierre Maina avait peine à trouver les mots pour décrire son voyage au Tibet. « Nous sommes allés au Tibet le 27 août 2006 et sommes revenus au Danemark le 12 octobre 2006. C’était mon premier voyage en Chine et ma première expédition en montagne au Tibet », a-t-il raconté.

L’homme est chirurgien à l’hôpital Slagelse Sygehus et il est membre de l’association d’alpinisme. Il y a près de quatre mois, lui et trois autres alpinistes danois avaient décidé de participer à l’ascension du mont Cho Oyu au Tibet, un voyage organisé par l’association qui regroupe des mordus dans le monde.

Le Cho Oyu s’élève à plus de 8000 mètres et se situe à environ 20 km de l’Everest.

Lors de l’expédition, les alpinistes étaient dans la montagne depuis plus d’un mois et ils avaient atteint le dernier camp avant la montée au sommet. M. Maina avait le mal des montagnes. Il est donc demeuré en arrière, au camp situé à 5800 mètres, lorsque les autres Danois sont partis pour la dernière étape du trajet.

« Notre tente n’était pas loin de la frontière chinoise entre le Tibet et le Népal. Cette partie s’appelle la passe de Nangpa La. Chaque jour, nous voyions des Tibétains qui transportent des marchandises de l’autre côté de la frontière. La plupart allaient au bazar de Namche au Népal pour transiger. Toutefois, un certain matin tout a changé », a poursuivi M. Maina. Un petit nombre de Tibétains possèdent des permis spéciaux pour traverser la frontière et commercer.

« Samedi matin le 30 septembre, je dormais dans la tente et j’ai soudainement été réveillé par des coups de feu. Au début, je ne savais pas qu’il s’agissait de coups de feu, car je n’en avais jamais entendu auparavant. Après cinq ou dix minutes, j’avais enfilé mes vêtements et je suis sorti. La première chose que j’ai vue, à environ 50 mètres de notre tente, était des Tibétains essayant de courir vite et ils avaient tous l’air des enfants. Plusieurs soldats chinois ont commencé à leur tirer dessus. J’ai vu une des personnes au devant du groupe se faire tirer et s’effondrer », se rappelle l’alpiniste danois.

M. Maina, après avoir été témoin de la tuerie, était si bouleversé qu’il ne pouvait dire un mot. « À ce moment, je ne pouvais comprendre ce qui s’était passé. Tout semblait si incroyable. »

« Plus tard, quand j’ai discuté avec un Roumain dans une autre tente, j’ai réalisé que j’étais devenu un témoin. C’était un massacre, mais les victimes n’avaient pas d’arme et aucune habileté de riposter. Ils pouvaient seulement s’enfuir. Toutefois, sur un terrain vaste, ouvert et glacial, il n’y pas de place où se cacher. La majorité des fugitifs étaient des jeunes gens. »

« Certains soldats chinois ont vu que nous les observions pendant qu’ils tiraient, car nous n’étions pas très loin. Mais ils en ont fait fi, comme si nous n’étions pas là. »

« Le jour suivant, un grand groupe de soldats est venu [au camp]. Apparemment, ils cherchaient la dépouille. Ces soldats ont, sans émotion, lancer le corps dans les craques de la rivière glacée. Ils n’étaient pas dérangés par le fait que nous les regardions », a expliqué M. Maina avec tristesse.

« Auparavant, j’avais entendu dire que le problème des droits de l’homme en Chine était très sérieux. Mais, dans la société occidentale, plusieurs gens disent que la Chine s’améliore. Cette fois, j’ai été témoin de la manière dont le régime communiste chinois traite les réfugiés tibétains. J’ai été très bouleversé. J’ai réalisé qu’en fait, la situation en Chine ne s’est pas améliorée. »

Pierre Maina n’a jamais atteint le sommet du Cho Oyu. Après la fusillade, il a conquis sa peur et a décidé de parler. Depuis son retour au Danemark, il reçoit sans cesse des appels pour des entrevues.

Le choix de M. Maina de parler publiquement a suscité une grande réaction dans la société danoise. Le gouvernement dit qu’il va traiter cet incident sérieusement et faire des pressions sur le régime chinois.

Questionné sur ses plans futurs, Pierre Maina a déclaré qu’il continuerait de soutenir les Tibétains. « Si le gouvernement danois a besoin de moi pour aider, je ferai de mon mieux », a-t-il répondu simplement.

Écrit par Lin Da, La Grande Époque


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