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Compte-rendu de voyage au camp de réfugiés tibétains de CHOGLAMSAR - LADAKH – septembre 2009

Deux parrains de l’AEMT sont allés visiter les camps tibétains et le TCV du Ladakh en septembre 2009. Ils nous livrent ici leurs impressions et leurs souvenirs, et font le point sur les projets de l’association à TCV Ladakh.

Par Philippe et Marie-Claude B., parrains de l’association AEMT.

Les noms des Tibétains cités dans cet article ont été remplacés par leurs initiales.

La surprise commence en arrivant à l’aéroport domestique de Delhi : en 2 ans, il a été remplacé par un bâtiment ultra-moderne et fonctionnel, bientôt relié à la capitale par le métro.

Survol de l’Himalaya, toujours aussi grandiose, avec un coup d’œil ému et consterné vers l’est, vers les montagnes du Tibet que l’on aperçoit au loin…

Puis enfin survol de la vallée de l’Indus et de ses monastères, du TCV (Tibetan Children’s Village) de Choglamsar avec son terrain de foot, son Chörten… merci, Monsieur le Pilote !

Le 5 septembre, jour de notre arrivée, c’est le « Staff day », le jour où les élèves remercient leurs professeurs pour leur enseignement. Chaque classe présente son spectacle : chants et danses tibétaines, ladakhies ou indiennes, vraiment de qualité.

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Danses

Le 12 septembre 2009 était célébré le 34ème anniversaire de la création du TCV ; cette journée était inscrite dans la série des manifestations prévues cette année pour commémorer les 50 ans de vie et d’ « expérience » en exil, mais aussi les 50 ans de résistance tibétaine (1959-2009) ; l’occasion également de remercier l’Inde pour son accueil, mais aussi de rappeler que le Bouddhisme tibétain a des racines indiennes ; une façon aussi de renforcer les relations tibéto-indiennes…

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50years
Bannière des 50 ans

La journée est présidée par T.P, directeur du TCV, qui a invité le « chief representative » du camp tibétain ainsi que les officiels ladakhis, dans un esprit de bonne entente et de bonne coopération entre les différentes ethnies.

Chants, danses, et pour conclure, compétitions sportives « inter-homes » et inter-classes ; les meilleurs “athlètes” iront à Dharamsala pour les compétitions finales inter-TCV.

Puis les jours défilent, entre l’aide modeste que nous pouvons apporter (auprès de l’office, des filleuls, des anciens…), et le travail à la clinique dentaire pour Philippe, chirurgien dentiste, venu épauler ses collègues Ku. et Ka., « dental therapists » tibétains.

1 - A propos du cabinet dentaire du TCV :

Ouvert en 1987 à la demande de l’Aide à l’Enfance Tibétaine (AET), et en collaboration avec l’ONG française Aide Odontologique Internationale (AOI), il fonctionne maintenant depuis 22 ans avec 2 « dental therapists » tibétains, Ku. et Ka., formés par les anglais et les français. Il dispose d’un petit laboratoire de prothèse.

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home
Maison dans laquelle vivent les enfants

Il est temps de restructurer le bâtiment, et il a été décidé de le reconstruire au printemps prochain avec des matériaux plus isolants du froid et de la poussière ; tout le matériel dentaire sera renouvelé.
Ceci avec les fonds d’une association dentaire basée à Orléans : Appoline 45.
A noter que l’achat de matériel pour la nouvelle prothésiste, qui doit prochainement entrer en fonction, sera assuré par l’office de Dharamsala.

Malgré les efforts de prévention, les enfants présentent toujours un mauvais état dentaire, dû à l’excès de sucreries et au thé sucré indien qui remplace trop souvent le thé salé tibétain, et au manque d’hygiène (pas facile de ressortir le soir après dîner pour aller se laver les dents à l’unique robinet dehors, sans électricité… ou l’hiver quand l’eau ne coule plus à cause du gel…).
Un programme de fourniture de brosses à dents (3 par an) et de dentifrice fluoré à tous les enfants est en cours. Reste à trouver un complément de financement...

Il faut rappeler que ce cabinet dentaire pratique gratuitement les soins pour tous les enfants du TCV, et assure le dépistage et la prévention.
Le cabinet est ouvert 2 jours par semaine aux personnes venant de l’extérieur (tibétains, ladakhis, indiens, militaires, étrangers) qui payent leurs soins, ce qui permet d’approvisionner le cabinet en produits consommables.

Les deux « dental therapist » sont compétents, et la réputation du cabinet n’est plus à faire…

2 - A propos du bureau des parrainages du TCV :

Un tibétain, R., est responsable des parrainages, avec 4 secrétaires.
L’internet fonctionne mieux, mais reste en bas débit, et parfois rien ne marche, surtout l’après-midi : « no line », comme ils disent…

Le disque dur externe, financé par l’AEMT est d’une très grande utilité.

Un groupe électrogène spécifique alimente désormais en continu les ordinateurs des bureaux et le cabinet dentaire.

R. est sérieux, extrêmement humain et efficace.

De plus, le bureau dispose désormais d’un véhicule 4x4.

En voie de financement par l’AEMT, il est indispensable pour circuler sur les routes toujours dégradées, et pour circuler entre les différents camps.

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TCV’s car
La voiture du bureau

Il faut 9h pour aller jusqu’au camp de réfugiés de Hanley au Jangthang (300 km), et c’est mieux avec de bonnes suspensions…


3 - A propos de la maison de retraite du TCV :

L’armée tibétaine* a offert 2 postes de télévision (avec lecteurs de DVD), l’un pour le centre de personnes âgées de Choglamsar, l’autre pour celui de Niyoma. Les anciens se retrouvent dans le hall communautaire pour regarder et écouter les enseignements du Dalaï-Lama, et prier.

Grâce au projet AEMT, la literie des anciens a été changée.

*Une précision sur l’armée tibétaine : il s’agit d’un contingent de tibétains recrutés et payés par l’armée indienne pour aller combattre en haute altitude aux frontières pakistanaise et tibétaine.

4 – A propos de l’école :

2500 enfants sont scolarisés : le TCV accueille les enfants tibétains en priorité, puis sur dossiers étudiés par T. P. directeur du TCV, des enfants ladakhis ou zanskarpas défavorisés.
Sur demande du Dalaï-lama, ont été acceptés des enfants venus de la vallée de Dah-Hanu, et des enfants musulmans de la vallée de la Nubra.

La vallée de Dah-Hanu : elle est située à 170 km à l’ouest de Leh, sur la route de Kargil, à la frontière pakistanaise, où vit une communauté de Dardes bouddhistes composée d’environ 700 à 1000 personnes. Ces Dardes sont considérés comme étant la population d’origine du Ladakh, de souche indo-européenne. Ils vivent dans des conditions matérielles précaires (sans électricité, avec des hivers très rigoureux), malgré l’abondance des récoltes de céréales (millet et sarrasin) et de fruits (abricots, raisins, pommes, tomates) durant l’été. Ils vivent aussi en zone fortement militarisée, à proximité de la frontière pakistanaise : en 2001, l’école de Dah a été détruite par une bombe… Ils sont restés bouddhistes malgré l’islamisation de la région, et ont demandé de l’aide au Dalaï-Lama pour l’éducation de leurs enfants.

La vallée de la Nubra : elle est située au nord de Leh, de l’autre côté de la chaîne montagneuse du Ladakh en passant le col du Kardung-la à 5600m d’altitude. Le Dalaï-Lama a souhaité aider les enfants de la communauté musulmane qui, du temps du Tibet indépendant, a traduit des textes sacrés tibétains. Il y a un “home” d’enfants de cette vallée, qui compte 15 élèves : ils ont le même programme scolaire que les autres, et sont libres de pratiquer leur religion et d’aller à la mosquée.

L’école n’est donc pas exclusive.

La section maternelle du TCV fonctionne sur les principes éducatifs de la méthode Montessori.

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KG kids
Des enfants de l’école maternelle

Les ladakhis ont leurs propres écoles, financées par le gouvernement indien.

De plus, il y a des associations bouddhistes qui soutiennent des projets scolaires pour les enfants défavorisés : c’est le cas, par exemple, du Mahabodhi Center à proximité de Choglamsar, centre bouddhiste qui assure un enseignement à 700 élèves ladakhis dans le besoin. Le principal de cette école est tibétain…

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Gathering

A noter dans cette école, une classe pour les enfants non-voyants (7 élèves), avec 2 professeurs non-voyants.

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Braille
Méthode de braille

5 - Les besoins du TCV : appel à tout voyageur en partance pour le Ladakh

Petits projets :

- au dispensaire du TCV, il manque des cannes anglaises SOLIDES !!! Il faudrait en acheminer au moins 3 paires. Il est impossible d’en trouver à Leh : à la pharmacie, il n’y a que des cannes axillaires ; il faut donc les acheter à Delhi, et…passer du temps à chercher des modèles solides…. Prévoir des embouts en caoutchouc de rechange.

- depuis 10 ans, pour les classes enfantines (enfants de 3 à 6 ans), nous acheminons des “DUPLOS” (et non pas des “legos”) , qui sont un excellent support pédagogique. T.L., principal de la section maternelle serait ravi d’en avoir d’autres pour donner aux 3 écoles situées sur les hauts plateaux du Jangthang… A vos greniers !

- pour les parrains et marraines qui se rendent au Ladakh, pensez à glisser quelques brosses à dents dans vos bagages, plutôt que des sucreries : vous contribuerez ainsi à l’amélioration de la santé bucco-dentaire des enfants.


Rappelons, pour finir, le contexte géo-politique actuel du Ladakh :

Le Ladakh, qui fait partie de l’état indien de Jammu-Cachemire, a été amputé de sa partie nord-est, l’Aksaï-Chin, par la Chine à l’issue de la guerre sino-indienne de 1962. Depuis, la frontière tibéto-indienne n’est qu’une ligne de cessez-le-feu.
Nous avons constaté une présence militaire accrue, et avons appris qu’en 2 ans les effectifs militaires ont été multipliés par 3 ; et qu’un aéroport militaire a été ouvert cet été près d’Hanley au Jangthang à proximité de la frontière tibétaine à 5000m d’altitude. L’événement a fait la une des journaux indiens…
Les raisons : la violation par l’armée chinoise de la ligne de cessez-le-feu, avec parachutage de vivres et matériel en territoire indien dans la région du Pangong Lake au nord du Jangthang.
Tout le monde est inquiet, car bien conscient de la supériorité de l’armée chinoise.
On peut aussi se demander jusqu’où l’Inde sera prête à défendre ce territoire au nord de l’Himalaya, si difficile d’accès…
D’autre part, dans sa partie ouest, le Ladakh est en proie à une islamisation grandissante : la troisième mosquée de Leh est maintenant terminée…

Pour conclure et revenir aux tibétains, le niveau de vie du camp s’élève, et c’est tant mieux : on voit là le fruit des efforts de chaque parrain et marraine et de toutes les associations qui soutiennent la communauté tibétaine, mais aussi le fruit des efforts de ce peuple qui a su construire avec l’aide internationale un vrai projet éducatif et culturel pour ses enfants, leur donnant ainsi un bagage intellectuel solide associé à une force spirituelle.

Mais il faut être bien conscient de la fragilité de « l’expérience » tibétaine : une suspension de l’aide humanitaire internationale, et c’est un arrêt de mort pour ce peuple en exil.

En conclusion, T.P., directeur du TCV, nous disait : « peu importe si nous ne retrouvons pas la liberté tout de suite, l’urgence aujourd’hui n’est pas là. L’urgence actuelle est de conserver intactes notre langue et son écriture, notre culture et notre mode de pensée, notre vie et force intérieures. Que ferions-nous de notre liberté, si nous perdons notre identité ? »

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manif

Ils étaient des centaines ce dimanche 27 septembre à défiler dans les rues de Leh à l’appel du Tibetan Youth Congress (TYG), pour commémorer les émeutes de Lhassa de septembre 1987 et rappeler l’oppression chinoise au Tibet…


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